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10-12-2018

Série hiver 2/4 – Le chef-mécanicien

Portrait de Glen Leven, chef-mécanicien TdS (Team Trek-Segafredo)

Tour de Suisse: L’année est presque terminée. Comment se présente ton off-season?
Glen Leven: Ma dernière course était le Tour du Guangxi, à la mi-octobre. En novembre, je suis toujours en vacances. Au sein de notre Service Course, le travail de préparation de la nouvelle saison a commencé le 3 décembre. Nous assemblons les nouveaux vélos de course et les machines de secours pour la saison 2019. Les vélos d’entraînement, eux, sont déjà chez les coureurs.

TdS: Vous renouvelez la totalité de votre parc de vélos avant chaque saison?
GL: Les vélos de course et les vélos de secours sont entièrement remplacés et remontés en intégrant les dernières innovations. Les vélos de contre-la-montre sont généralement utilisés pendant 2 ou 3 saisons. Chez les spécialistes du contre-la-montre et les leaders, il peut y avoir des évolutions ou des ajustements plus fréquents.

TdS: Combien de vélos aviez-vous sur le Tour de Suisse?
GL: En course, nous emportons un minimum de 3 vélos de route et 2 vélos de contre-la-montre par coureur.

TdS: Et ces 5 vélos restent chez vous toute l’année, n’est-ce pas?
GL: C’est exact, ces vélos sont rattachés à l’équipe. Il peut arriver que nous rencontrions des difficultés logistiques et que nous demandions à un coureur d’apporter son vélo d’entraînement comme vélo de secours sur une course d’une journée. En général, cela arrange les coureurs, car leur vélo fait ensuite l’objet d’une révision complète par nos mécaniciens.

TdS: Mais les vélos de course appartiennent tous à l’équipe?
GL: Oui, les vélos sont seulement mis à la disposition des coureurs. Ils nous sont rendus à l’issue de la saison ou lors des changements. Bien sûr, le coureur a toujours la possibilité d’acheter son vélo. (Il sourit)

TdS: Dans le cas d’une course par étapes comme le TdS, dans quelle mesure communiques-tu avec les coureurs?
GL: Nous avons un groupe WhatsApp qui rassemble les coureurs engagés dans la course. Lorsque je vois qu’il y a une étape de montagne le lendemain, je demande aux coureurs: «Voulez-vous tous votre vélo de montagne avec tel jeu de roues et tel braquet? Dites-moi sinon ce que vous voulez.» Il peut arriver qu’un leader ou qu’un grimpeur désire un jeu de roues ou un braquet spécial. Nous utilisons les vélos Emonda (léger) et Madone (aéro), ce qui permet aux coureurs de changer selon l’étape.
Le groupe WhatsApp permet également aux coureurs de m’informer s’ils ont un problème avec leur vélo, tel qu’un craquement au niveau du pédalier ou un frottement au niveau du frein.

TdS: Quelles sont les demandes particulières auxquelles tu dois faire face?
GL: Connaître les préférences des différents coureurs est une part essentielle de notre métier. En début de saison, il est possible qu’un coureur arrive en se plaignant d’une guidoline trop épaisse. Un autre trouvera la même guidoline trop mince ou pas assez étirée sur le guidon.
Mais oui, il peut arriver qu’un coureur te demande une clé Allen avant le départ et ajuste sa selle. Au début, cela m’a beaucoup déconcerté. Aujourd’hui, je connais les coureurs et je sais que certains ont besoin de ce moment. (Il sourit)

TdS: As-tu déjà trouvé des produits d’autres fabricants sur les vélos? Y a t-il des coureurs qui demandent les produits d’autres fournisseurs?
GL: Il y a toujours des demandes. Les coureurs sont particulièrement sensibles en ce qui concerne les selles et les chaussures. Mais Bontrager propose des centaines de modèles différents de selles. Suffisamment pour en trouver une qui convienne à chaque coureur.
Il est aussi arrivé que des coureurs me demandent d’utiliser d’autres vélos. Dans ce cas, je les renvoie directement au directeur technique. (Rires)

TdS: Sur le TdS, j’ai remarqué que vous emportiez uniquement des freins à disque.
GL: Oui, nous avons été la première équipe à passer intégralement aux freins à disque sur le Tour de Suisse. Seuls les vélos de contre-la-montre sont encore équipés de freins ordinaires.

TdS: Quelles ont été les conséquences de ce changement pour toi personnellement?
GL: Tout était nouveau: je n’avais jamais travaillé avec des freins à disques auparavant. Mais on apprend vite, et j’ai demandé de l’aide et des conseils à mes collègues.
C’est certainement plus facile maintenant qu’en début de saison, quand nous utilisions encore les deux types de freins. A chaque chute, nous devions accourir avec deux vélos différents.
Aujourd’hui, notre équipe de mécaniciens est rodée. Nous connaissons la solution à tous les problèmes pouvant se produire avec les freins à disque. Sur ce point, nous sommes en avance sur les autres équipes.

TdS: Lorsque je vous vois vous pencher à la portière de votre voiture pour essayer de réparer le vélo d’un coureur, j’ai parfois du mal à ne pas détourner le regard.
GL: C’est naturellement toujours risqué. Normalement, nous essayons de faire 2 ou 3 contrôles après une chute – une sorte de diagnostic de panne. Nous pouvons corriger certaines défaillances, mais nous ne faisons pas de réparations depuis la voiture. Si les défaillances ne peuvent pas être corrigées, nous changeons le vélo. Le coureur utilise alors le vélo de secours et la deuxième voiture part vers l’avant, ce qui nous laisse un peu de temps sur le bord de la route. Si nous arrivons à éliminer la panne en moins de 3 ou 4 minutes, nous remettons le vélo en course. Sinon, le coureur finit l’étape sur le vélo de secours.

TdS: Les étapes de contre-la-montre sont-elles plus tranquilles pour vous autres mécaniciens?
GL: Au contraire. Les réglages des vélos sont différents, il faut faire contrôler tous les vélos par l’UCI, les coureurs sont sur les rouleaux, puis en reconnaissance de parcours. Il peut arriver qu’un coureur demande un autre braquet juste avant le départ.

TdS: Pour finir: tu es toi-même un cycliste passionné – quel vélo utilises-tu?
GL: J’utilise un Trek Emonda, non pas que je sois un grimpeur, mais tout simplement parce que je préfère la géométrie classique.
Et j’utilise des freins à disque, afin d’accumuler de l’expérience et de pouvoir me mettre à la place des coureurs lorsqu’ils viennent me dire que leur frein frotte, par exemple. Pour connaître la sensation et l’expérience.

TdS: Nous te remercions pour cet entretien et te souhaitons de bonnes fêtes, Glen.

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