Tour de Suisse Portrait Series: Gino Mäder (Bahrain – Victorious)
4. avril 2022

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L’an dernier, Gino Mäder a remporté l’étape reine du Tour de Suisse avant de signer une performance majuscule lors de la Vuelta. Avant son départ pour le Pays basque, nous avons parlé avec Gino de son éclosion la saison dernière, de la nouvelle génération de cyclistes suisses et de ses futurs objectifs.

TdS : « Gino, tu as véritablement percé au plus haut niveau la saison dernière. Y avait-il déjà des signes en début d’année ou comment as-tu vécu le début de saison il y a un an ?

Gino Mäder : « L’hiver précédent avait été difficile, avec l’année du Covid et les courses qui ont duré presque jusqu’à l’hiver. Au début, j’ai eu quelques problèmes de motivation.
J’ai eu de la peine lors de l’UAE Tour. 
Mais je suis très vite parvenu à fêter mon premier succès en WorldTour lors de Paris-Nice. Je l’avais presque senti venir !
(rires)
A partir de là, je suis entré dans un flow avec l’équipe, où tout le monde performait et obtenait de bons résultats. Cela m’a donné la confiance que je pouvais moi-même y arriver.
Que je devais simplement saisir les opportunités…» 

TdS : « Après ta victoire d’étape au Giro, tu as participé au Tour de Suisse, où tu as débuté par un excellent chrono et figuré dans le top 10 du classement général jusqu’à la 7e étape.
Puis tu as connu une mauvaise journée lors de la 7e étape.
Comment as-tu réussi à te remobiliser par la suite et à retrouver la motivation ? »

Gino Mäder : « J’avais pris le départ en tant que leader désigné de l’équipe. Jusqu’à la 7e étape, ça allait. Puis est venue la défaillance. J’aurais préféré abandonner là, c’était vraiment dur et démotivant.
Je me réjouissais de disputer le contre-la-montre à l’Oberalp depuis le début de la saison. C’était pour une fois un contre-la-montre qui convenait à mon profil de coureur.
J’ai pris ce contre-la-montre en montée et descente comme un événement en soi – le classement général était déjà perdu.
J’ai pris du plaisir et j’ai voulu faire du mieux possible. Et ça s’est vraiment bien passé. Ça m’a donné des ailes.
Alors, pour la dernière étape reine, je me suis promis de rouler libéré et de terminer sur une note positive. »

TdS : « Et tu as réussi à le faire de manière impressionnante.
Quand Michael Woods a attaqué dans le Gothard, seul Matthias Cattaneo a réussi à le suivre. Tu as mis plus de temps à partir à sa poursuite. Pourquoi ? »

Gino Mäder : « Quand Woods a attaqué, l’attaque était si explosive que je n’ai pas voulu/pu suivre.
Plus tard, je me suis rendu compte qu’il n’y avait en fait plus que des coureurs qui jouaient le général et moi dans le groupe de tête. En plus, je n’avais pas beaucoup de probabilité de gagner au sprint dans ce groupe.
J’ai donc tenté ma chance en échappée.
J’avais également le « lièvre » à rattraper devant moi avec Woods.
Au sommet du col, j’ai reconnu des amis dans le public, qui m’ont encouragé. Ça m’a encore plus motivé ! »

TdS : « Tu es ensuite arrivé en compagnie de Michael Woods à Andermatt, où un sprint allait vous départager. Qu’est-ce qui t’est passé par la tête, comment as-tu vécu le sprint ? »

Gino Mäder : « Nous connaissions déjà l’arrivée puisque c’était la même que lors du contre-la-montre de la veille. Michael voulait absolument entrer le premier dans le dernier virage et a lancé le sprint très tôt. Je me suis dit que c’était trop tôt.
A 200 mètres de l’arrivée, il a encore ajouté une dent, ce qui m’a un peu déstabilisé.
Mais il a ensuite plafonné quelque peu et je suis sorti de son sillage pour me rapprocher de lui. A 50 mètres, j’ai réalisé qu’il ne pouvait plus accélérer et que je devais simplement maintenir la mienne.
Et que je gagnerais ainsi l’étape reine !
C’était le moment le plus cool qui soit. Une explosion d’émotions qui te submerge presque un peu ! »
(rires)

TdS : « Le Tour de Suisse 2021 a tourné à une démonstration suisse avec la victoire de Stefan Küng lors du contre-la-montre inaugural, celle de Stefan Bissegger à Gstaad et la tienne. L’as-tu aussi ressenti depuis le peloton ?

Gino Mäder : « Ce qui nous réunit tous, c’est que nous avons été formés à la même école avec Swiss Cycling. Nous nous sommes connus à Aigle, puis à Granges. Nous avons tous roulé au sein du quatre de poursuite sur piste. C’est quelque chose qui nous a soudés. Et quand tu vois ensuite comment Küng est devenu l’un des meilleurs mondiaux dans sa spécialité, les performances de March Hirschi et Stefan Bissegger en WorldTour… Tu ne peux que te réjouir pour les collègues et tu te dis que toi aussi, tu peux le faire !
Cet esprit d’équipe nous apporte bien sûr aussi beaucoup pour les Championnats d’Europe et du monde ou encore les Jeux olympiques.
On peut rêver en Suisse. »
(rires)

TdS : « Tu parles de cette nouvelle génération ambitieux de cyclistes suisses.
Ce qu’il manque encore, ce serait un spécialiste de course par étapes…»

Gino Mäder : « J’ai vécu une bonne saison. On va maintenant voir jusqu’où peuvent m’amener mon talent, mon potentiel et aussi mon éthique de travail.
Pour l’heure, je ne vois pas les attentes comme quelque chose de négatif.
Mais je commence déjà moi-même à formuler des ambitions qui vont dans ce sens…»

TdS : « Quel serait pour toi le Tour de Suisse parfait ? Quel parcours te ferait dire: « Ça, c’est mon Tour de Suisse » ?

Gino Mäder : « Je trouve que notre boucle nationale se distingue par le fait que nous avons des possibilités presque illimitées. Et pas seulement dans les Alpes. Le Tour de Suisse comprend aussi toujours ces étapes qui ressemblent à des classiques, avec des ascensions courtes mais très nombreuses. Cette diversité topographique et des paysages est la marque de fabrique du Tour de Suisse.
Bien sûr, je trouverais également cool de simplement passer une semaine dans les Alpes à monter et descendre ! Mais ce ne serait pas le Tour de Suisse.
L’idéal est un mélange et les dernières éditions étaient très proches d’un Tour de Suisse parfait.
Peut-être que le contre-la-montre pourrait aussi se terminer une fois au sommet…»
(rires)


TdS: « Te voilà à nouveau au début d’une nouvelle saison. A quoi ressemble la planification de ta saison ? »

Gino Mäder : « Je serai au départ du Tour de Romandie, puis du Tour de Suisse et j’espère du Tour de France. Une participation au Tour de France serait clairement un grand moment sur le plan sportif. C’est la plus grande course, et comme je suis moi-même allé voir les coureurs à l’Alpe d’Huez quand j’étais enfant, c’était bien sûr un rêve de pouvoir moi-même participer.
Sur le plan personnel, le Tour de Suisse sera clairement un temps fort de ma saison. Le week-end de clôture de l’année dernière m’a laissé de très bons souvenirs de la boucle nationale. Cela avait aussi déjà été le cas lors de ma première participation avec Dimension Data.
Et qui sait, peut-être que cette année, ça marchera mieux au niveau du classement général.
Et s’il n’y a « qu’une » victoire d’étape à la fin, ce sera aussi bien.

TdS : « Beaucoup de choses ont changé entre l’époque où tu étais au bord de la route à l’Alpe d’Huez et aujourd’hui. Le cyclisme est aujourd’hui ton métier. Quel est le meilleur aspect de se retrouver de ce côté-là ? »

Gino Mäder : « Le cyclisme professionnel est bien sûr ce dont j’ai toujours rêvé quand j’étais enfant, puis durant mon apprentissage…
Le cyclisme en tant que sport m’apporte beaucoup de bonheur.
Bien sûr, le cyclisme professionnel apporte aussi son lot de stress. Il est parfois difficile de monter sur le vélo.
Mais une fois que je suis sur la selle, mon esprit se libère.
Je vis réellement le moment présent.
Ce qui paraît monotone, pédaler, peut te remplir complètement.
Perfectionner ce mouvement simple, cette quête permanente de la perfection… qui est sans doute inatteignable… même si Tadej (Pogacar) semble s’en approcher.
Se motiver, repousser ses limites, s’améliorer et se réaliser, ce sont des facteurs que j’apprécie beaucoup dans notre sport.
Cela te donne aussi beaucoup de liberté et de temps à investir en toi !

TdS : « Merci beaucoup pour cet entretien passionnant, Gino. Nous te souhaitons tout le meilleur pour tes objectifs et t’attendons avec impatience au départ du Tour de Suisse au mois de juin ! »

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